Les poissons morts 01
FAMILLE  GOUBIN - POULAT                                                             

PIERRE MAC ORLAN

Illustrations de  GUS BOFA

LES
POISSONS  MORTS


Pierre Mac Orlan (1882/1970) a rencontré tout jeune les artistes de Montmartre, et a vite adopté leur mode de vie bohème. C’est ainsi qu’il les suit tout naturellement jusqu’en Bretagne lorsque ceux-ci y viennent passer la belle saison et prennent position chez « La mère Bacon » qui tient une auberge à Malachappe, quartier en hauteur de la rive droite du port de Brigneau, à Moëlan sur Mer.

C’est là qu’il est cueilli avec ses amis par l’ordre de mobilisation générale, le 1er août 1914.

Dans son roman Les Poissons Morts, il raconte son expérience de la Grande Guerre. En voici les toutes premières pages, qui évoquent ces jours de mobilisation.

Quelques notes explicatives (qui ne sont pas de Mac Orlan!), accompagnent ce texte.










MOËLAN

C'est à Brigneau en Moëlan, dans le Finistère, que je fus surpris par la mobilisation. Nous étions là quelques amis, des peintres pour la plupart (1), et personne ne pensait que les événements se précpiteraient ainsi.

— Quand tu verras le drapeau rouge flotter au sémaphore de la Sardinerie, me dit Vaillant, tu pourras graisser tes pompes.

Les ciels de ce mois de juillet furent tragiques en Bretagne. La gloire du soleil évoquait l'image des batailles, et la pluie, les horreurs de la tranchée que personne ne pressentait. C'est à croire qu'en prévision de cette guerre le ciel avait mobilisé des ressources infinies d'eau de pluie, qu'il devait déverser par la suite avec une abondance qui prouvait à la fois et sa prodigalité et le fini de sa préparation.

La lande prenait sous ce déluge un aspect sombre et désolant. Les filles de la Terre sainte qui croient toujours aux pronostications du xv e siècle, se signaient devant chaque pardon et les journaux n'arrivaient plus.

(1) Pendant plusieurs années, avant la guerre de 14 et après, plusieurs artistes viennent régulièrement à Brigneau passer l'été. Selon la rumeur, ils y menaient grande vie. Les peintres Jacques Vaillant, Émile Jourdan, Maurice Asselin, et les romanciers Mac Orlan et Roland Dorgelès entre autres se retrouvent chez "La mère Bacon", auberge du petit port de Brigneau.



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Les poissons morts 02 Goubin gabriel Ange   -  extrait de les poissons morts
LA GUERRE DE 1914-1918